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Banques commerciales : FO interpelle les ministres du Travail et de l’Économie

Le 22 février, FO et quatre autres organisations syndicales ont demandé l’intervention des ministères de l’Economie et du Travail, face à la proposition jugée indécente de la délégation patronale des banques commerciales. Elle propose une hausse de 1,6% des seuls minima, qui toucherait 2 000 salariés sur 187 000 (soit 1,1%), alors que le secteur a enregistré des résultats 2021 historiques.

 La branche AFB ne joue pas son rôle de régulation des pertes de pouvoir d’achat des salariés de la profession bancaire. La proposition du patronat n’est pas seulement indécente, elle est provocante dans le contexte actuel, dénonce Mireille Herriberry, secrétaire générale de FO banques et Sociétés financières. Dans le cadre de l’intersyndicale constituée avec les quatre autres organisations représentatives du secteur, FO a décidé d’interpeller les ministères du Travail et de l’Économie face à la proposition du patronat. Dans une lettre ouverte, datée du 22 février, elle demande leur intervention auprès de la direction de l’Association française des banques (AFB, regroupant 180 établissements).

L’AFB refuse toute augmentation générale de salaires

De nombreuses voix, dans le gouvernement et au Medef, appellent les entreprises et les branches à avoir des politiques salariales significatives et une juste rémunération de toutes les parties prenantes. (…) Malheureusement, la délégation patronale de l’AFB reste sourde à ces consignes, rappellent FO et les quatre autres organisations de l’intersyndicale, qui exigent  une proposition sérieuse et respectueuse des salariés, au travers d’augmentations générales de salaire.

La revendication syndicale commune porte sur une augmentation générale de 3,2%. En réponse, l’AFB a proposé, lors de la Commission paritaire de branche du 16 février, une revalorisation des… seuls minima de branche qui ne toucherait que 1,1% des 187 000 salariés de la branche (soit 2 000 d’entre eux), ainsi qu’une mesure spécifique pour les cadres de plus de 50 ans. Elle aussi ne s’appliquerait qu’à une poignée de salariés. Car la quasi-totalité des cadres de plus de 50 ans sont légèrement au-dessus des minima de cette catégorie, précise la militante.

FO refuse l’austérité salariale après les résultats historiques du secteur

Pour FO, la proposition de l’AFB est proprement honteuse alors que le secteur bancaire n’a jamais autant gagné d’argent en 2021. Les résultats sont historiques : 9,5 milliards d’euros de résultat net pour BNP Paribas (+34,2%), 5,6 milliards à la Société Générale… Sans compter que certaines banques dépensent des milliards d’euros pour racheter leurs propres actions afin de faire grimper les cours et augmenter les dividendes des actionnaires.

C’est le cas notamment de BNP-Paribas, qui a même promis un taux de distribution de 60% des résultats sur les trois prochaines années. Par contre, au terme des NAO 2022 finalisés en octobre dernier, ses salariés (uniquement ceux gagnant moins de 80 000 euros bruts par an) n’ont obtenu que 0,6% d’augmentation générale, avec un plancher d’environ 23 euros brut par mois.  A peine l’équivalent d’une place de cinéma par mois, martèle Jean-Claude Le Manach, représentant syndical FO BNP Paribas. Et cette augmentation pérenne ne prendra effet qu’au 1er avril 2022.

Des milliers de salariés exclus des mesures prises en entreprise

Malgré les milliards gagnés en 2021 par les banques commerciales, les négociations salariales d’entreprise se sont conclues sur une augmentation moyenne de 0,5% à 1% qui exclut les cadres pourtant devenus majoritaires, résume Mireille Herriberry, secrétaire générale de FO banques et Sociétés financières. Ces augmentations ne compensent pas l’inflation (établie à 2,8% en décembre 2021), qui a entamé le pouvoir d’achat des salariés.

Les banques ont continué d’imposer des augmentations individuelles, qui ne touchent pas plus de 20% des salariés, ou des primes exceptionnelles, exonérées de cotisations sociales, ajoute la militante. Une politique qui, logiquement, a engendré une perte de pouvoir d’achat des 80% restant.

Dans ce contexte de résultats exceptionnels, de perte accrue de pouvoir d’achat des salariés, la revendication de FO Banques et de l’intersyndicale d’une augmentation générale de 3,2% des salaires, portée dans la négociation de la branche AFB, apparaît plus que légitime. Surtout que celle-ci n’a concédé aucune augmentation générale depuis 20 ans. La demande formulée appelle simplement au respect des femmes et des hommes de la profession, qu’ils soient employés, techniciens ou cadres. Le secteur doit entendre le désarroi de milliers de salariés exclus des mesures prises par les entreprises du secteur, poursuit Mireille Herriberry.

Il reste à l’AFB jusqu’au 10 mars prochain, date du prochain rendez-vous salarial, pour revoir sa copie.

ELIE HIESSEJournaliste à L’inFO militante