La direction de Société Générale vient d’annoncer une refonte de l’organisation en France se traduisant par la suppression de 1 800 postes sur 2026–2027, principalement dans les fonctions centrales et au siège, via une “gestion” fondée sur l’attrition, la mobilité interne et une réduction du nombre d’agences en province

Cette annonce s’inscrit dans la continuité d’une stratégie assumée de réduction des coûts et d’amélioration de la rentabilité, alors même que le groupe demeure bénéficiaire et poursuit des objectifs de baisse de ses charges. Le marché, lui, applaudit : +140 % sur un an.

Pour FO Banques, il est inacceptable que l’emploi, les conditions de travail et la qualité du service rendu soient, une fois encore, les variables d’ajustement d’une trajectoire exclusivement financière, sans débat sérieux sur d’autres leviers : modération de la rémunération du capital, limitation des dividendes, réorientation des investissements vers les métiers, les compétences, la proximité et les territoires.

Une annonce qui confirme nos alertes à la profession bancaire

Société Générale n’est pas un “cas isolé”. Cette décision illustre la dérive que FO Banques dénonce au niveau de la place bancaire : réorganisations permanentes, mutualisations, standardisation, pression sur les coûts, et usage de la transformation numérique/IA comme levier durable de réduction des emplois et d’affaiblissement de la relation bancaire.

Dans notre courrier du 9 janvier 2026 adressé au Président et à la Directrice générale de la FBF, FO Banques rappelait un principe simple : la technologie n’est pas une finalité ni un prétexte. Elle doit être gouvernée et encadrée au service d’un projet responsable, et non pilotée par la seule rentabilité de court terme, au détriment de l’emploi, du travail réel et du service rendu.

“Pas de départs contraints” : l’attrition comme PSE silencieux

La direction indique viser ces suppressions “sans départs contraints”, en s’appuyant sur l’attrition naturelle (estimée à 5 % en France) et sur la mobilité interne.

FO Banques connaît la réalité de ces politiques :

• Non-remplacement massif des départs (retraites, démissions), avec hausse mécanique de la charge de travail, dégradation des      délais, perte de qualité.

• Mobilités subies, parfois éloignées, insuffisamment sécurisées sur les parcours, la formation et les conditions de vie.

• Pressions individuelles conduisant à des “départs volontaires” de fait, dans un contexte de réorganisations répétées.

FO Banques refuse que l’attrition devienne un PSE rampant, sans droits collectifs et sans garanties opposables. C’est précisément pourquoi nous demandons, au niveau de la branche, zéro rupture “sèche” liée aux transformations, et un suivi consolidé des effectifs après transformation (ETP, taux de remplacement, mobilités, externalisations) pour éviter l’érosion progressive de l’emploi.

La même logique à l’œuvre dans d’autres réseaux : BNP Paribas Asset Management

Cette dérive touche l’ensemble du secteur. Dans le même temps, les salariés de BNP Paribas Asset Management, suite au rachat d’AXA IM par la Banque du boulevard des Italiens, se verraient annoncer la suppression de 1 200 postes, soit environ 20 % des effectifs. Ces annonces concomitantes confirment une tendance : les restructurations s’enchaînent, la “simplification” sert d’écran, et l’emploi recule.

Santé au travail : l’alerte est maximale

FO Banques alerte sur les conditions de travail et leurs effets sur la santé. Les informations recueillies auprès des salariés, corroborées en OFF par des responsables de Société Générale, font apparaître de façon récurrente une augmentation significative de situations graves (dont AVC et accidents cardiaques), une hausse des cas d’épuisement professionnel et des risques psychosociaux élevés, ainsi que des arrêts de travail de longue durée, avec, dans plusieurs cas, des reprises aménagées en mi-temps thérapeutique.

Nous constatons également une intensification des procédures disciplinaires, y compris à l’encontre de salariés ayant connu des épisodes de santé graves. Certains faits précis portés à notre connaissance ont été confirmés, y compris par des membres de la direction.

Pour FO Banques, ces éléments ne peuvent pas être réduits à une addition de situations individuelles: ils renvoient à des déterminants collectifs (charge de travail, intensité, objectifs, réorganisations, moyens disponibles) et appellent une réponse à la hauteur. Des expertises et évaluations indépendantes doivent être déclenchées dans les plus brefs délais, afin d’objectiver la situation, d’identifier les causes organisationnelles et de définir des mesures de prévention effectives. FO Banques appelle les organisations syndicales représentatives à assumer pleinement leurs responsabilités et à engager ces démarches dans l’intérêt individuel et collectif des salariés, au regard de la gravité des situations rapportées.

Réseau, territoires, clients : une banque de proximité n’est pas un “coût”

Les suppressions de postes s’ajoutent aux fermetures d’agences déjà programmées et aux regroupements, frappant en priorité les territoires fragilisés.

Pour les clients, cela signifie : moins de conseillers, délais allongés, réponses standardisées, et parcours 100 % digitaux imposés à des publics qui ne les maîtrisent pas.

FO Banques rappelle que le choix du canal doit rester celui du client et qu’une transformation numérique responsable ne doit pas créer une banque à deux vitesses, ni rompre la continuité de la relation avec un interlocuteur identifié.

Nos revendications : un autre cap, immédiatement

FO Banques revendique l’ouverture immédiate de discussions :

1. Un moratoire social sur l’érosion des effectifs tant que la charge et les impacts santé ne sont pas objectivés, documentés et traités.

2. Des engagements chiffrés sur l’emploi : remplacement des départs, recrutements, trajectoires métiers, reconversions.

3. Un plan de prévention robuste : indicateurs de charge, d’absentéisme, d’accidents/événements graves, suivi des RPS, moyens réels de l’encadrement, droit          à la déconnexion effectif.

4. Une gouvernance sociale transparente des projets numériques/IA : études d’impact préalables (emploi, charge, discriminations, RPS), principe d’“IA assistante” avec décision finale humaine, refus du management algorithmique et des dispositifs de contrôle/surveillance qui intensifient le travail.

5. Un cadre de branche piloté par la FBF : négociation/accord/feuille de route paritaire “emploi–compétences–IA”, avec méthode      de suivi, indicateurs partagés et engagements opposables.

FO Banques appelle la direction de Société Générale à ouvrir de véritables négociations sur l’emploi, les parcours, la formation et la santé au travail, et demande à la FBF de réunir rapidement les organisations syndicales pour mettre en place le cadre de branche réclamé dans notre courrier du 9 janvier 2026.

La transformation technologique doit être un progrès pour les entreprises, pour les salariés et pour les clients — pas une machine à supprimer des postes et à abîmer la santé. 

Paris, le 23 janvier 2026

Contacts :

Mireille HERRIBERRY, Secrétaire FO Banques et Sociétés Financières – 06 18 60 32 35

Fabien REINERT, Secrétaire adjoint FO Banques et Sociétés Financières – 06 62 07 72 21